dimanche 11 octobre 2009

MON PÈRE EST MORT

Mon père est mort cet été.
Mes seuls souvenirs heureux avec lui remontent à ma petite enfance lorsqu'il m'emmenait en promenade sur ses épaules ou qu'il me faisait sauter sur ses genoux "à hue et à dia, sur le cheval de bon-papa …"
Lorsque je suis devenue une jeune fille, il ne s'est plus adressé à moi autrement qu'en termes sarcastiques. Jamais il ne s'est intéressé à ce que je faisais. Un jour, alors qu'il était devenu aveugle et que la maladie le clouait au lit, je lui ai proposé de lui lire des passages d'un texte que j'avais écrit. Il m'a répondu qu'il n'avait pas de temps à perdre à cela.
Mais après sa mort, j'ai trouvé cette photo de moi à dix-sept ans dans son portefeuille.
Allez comprendre …



dimanche 24 mai 2009

Etgar Keret

Etgar Keret est un jeune auteur et réalisateur israélien coauteur avec la réalisatrice Tatia Rosenthal du film "Le sens de la vie pour 9,99 $". 
Un film étrange. Si étrange qu'on peine à mettre des mots sur les impressions qu'il nous procure. Je dis nous, parce que je suis certaine de ne pas être la seule à ne pas trop savoir comment parler de ce film indéfinissable, déroutant et attachant. 
C'est un film d'animation et à priori je n'aime pas ça. Et les figurines qui semblent faites en pâte à modeler que l'on voit sur l'affiche n'étaient pas faites pour m'attirer non plus. Mais depuis l'adolescence, et ma découverte des histoires d'Edgar Alan Poe, je goûte particulièrement les auteurs capables de créer des univers étranges. Or, sur ce plan, le moins que l'on puisse dire est qu'Etgar Keret ne démérite pas. 
Au coeur du film, un immeuble de style Bauhaus dont nous suivons les différents habitants un peu comme dans "La vie mode d'emploi" de Georges Perec. Il y a là un petit garçon qui rêve d'une poupée footballeur, un vieux veuf qui ne se fait pas à la solitude, un homme plaqué par sa femme et un père désemparé face à ses deux grands fils dont l'un espère trouver dans des manuels de développement personnel les réponses aux questions qu'il se pose sur la vie — d'où le titre du film. Les vies de tous ces personnages s'entrecroisent ... 
Quel est le lien entre toutes ces histoires? L'amour sous toutes ses formes. Cela pourrait être banal si le film n'était pas traversé d'un étonnant mélange d'humour noir et de poésie. Malheureusement, vous en donner des exemples vous priverait d'effets de surprise. 

Si vous n'avez pas la possibilité de voir ce film, vous pouvez lire Etgar Keret et retrouver le même mélange d'horreur et de poésie dans ses recueils de nouvelles, si courtes qu'il convient mieux de les appeler des vignettes. Je vous recommande "Pipelines", son premier recueil ou "Un homme sans tête", tous deux publiés chez Actes Sud.
Plutôt que de vous donner une biographie d'Etgar Keret que vous pouvez trouver facilement, je préfère vous donner ici le lien d'une interview qu'il a donnée à l'occasion du salon du livre et qui permet de découvrir sa personnalité.

mercredi 6 mai 2009

VOUS SOUVENEZ-VOUS?

Je ne peux pas voir une petite fille en socquettes blanches balançant ses jambes sans me souvenir ... Je vais peut-être vous faire sourire, mais mon corps a gardé en mémoire la sensation physique de certains de ces gestes de l'enfance. Je me souviens également de mon impatience à grandir quand, comme la petite fille en jaune, je touchais déjà le sol de la pointe des pieds. Les bancs en bois des vieux tramways viennois étaient alors mon échelle de mesure. Je me vois tricher un peu en ne m'adossant pas ...
Cette très belle photo est de Chantal Thomine-Desmazures, photographe de plateau du premier film de Jaco Van Dormael, Mr. Nobody, qui sera en compétition à Cannes. 
Je ne peux encore rien dire du film, mais j'aime beaucoup les photos de Chantal Thomine-Desmazures. Elle parvient à recréer dans chacune d'elles un univers. Vous pourrez vous en rendre compte en consultant celles publiées sur le site du monde sous ce lien: 


Les photos prises par Chantal Thomine-Desmazures sur le tournage de Mr. Nobody sont réunies dans un album portant le même titre publié aux Editions du Regard.
 
Le magazine L'oeil, où j'ai découvert cette photo, s'étonne que l'on ne récompense pas à Cannes les photographes de plateau ni les compositeurs de musiques de film. Je n'en avais jamais pris conscience, mais maintenant que je le sais, je trouve cela étonnant, en effet. Imaginez, comme ils disent, un film sans affiche ou sans bande originale!

HAÏKU DE JEAN BOTQUIN (inspiré par cette photo)

Blanches socquettes
De trois jolies coquettes
Font des ronds dans l'air

lundi 4 mai 2009

MARCEL PROUST

Eric Karpeles, un peintre américain ayant vécu quelque temps en France, a eu l'idée de réunir dans un livre intitulé Le Musée imaginaire de Marcel Proust toutes les oeuvres picturales citées dans A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Il y en a 206.
Je me suis laissée tenter par ce volume après l'avoir feuilleté chez mon libraire et, non seulement, je ne le regrette pas, je vous le recommande chaudement. 
En regard de chaque reproduction de tableau se trouve le passage du roman dans lequel il en est question ainsi qu'un court résumé de ce qui précède. Au plaisir d'admirer ces tableaux s'ajoute ainsi celui de les regarder à travers les yeux et les commentaires des personnages de Marcel Proust. Les extraits étant assez longs on a l'occasion d'apprécier toutes les subtilités de l'écriture de leur auteur ce qui donne envie de relire ou de lire A la recherche du temps perdu

Au cas où vous ne le trouveriez pas chez votre libraire, ce livre est en vente sur les sites de librairies en ligne.
Le Musée imaginaire de Marcel Proust
Eric Karpeles
Editions Thames & Hudson, 12 rue de Seine, 75006 Paris

jeudi 30 avril 2009

LANGSTON HUGHES

Ces derniers soirs, dissuadée par le froid et la pluie de marcher dans la ville, je me suis évadée par la lecture. 

Avant-hier, grâce à André Pieyre de Mandiargues et "Le Lis de mer" que je relisais, je me rêvais sur une plage, nue, chauffée à blanc par les rais verticaux d'un soleil du sud. Ma peau avait le goût du sel ...

Hier soir, j'écoutais du Blues et je relisais les poèmes de Langston Hughes, cet auteur américain dont Barack Obama avait cité le poème "What happens to a dream deferred?""Qu'advient-il d'un rêve reporté?" dans son discours de la convention démocrate. 
Au centième jour de l'accession à la présidence des Etats-Unis de Barack Obama, voici un poème qui illustre, me semble-t-il, parfaitement l'événement:

I, TOO
I, too, sing America.

I am the darker brother.
They send me to eat in the kitchen
When company comes,
But I laugh,
And eat well,
And grow strong.

Tomorrow,
I'll be at the table
When company comes.
Nobody'll dare say to me,
"Eat in the kitchen",
Then.

Besides,
They'll see how beautiful I am
And be ashamed —

I, too, am America.


MOI AUSSI
Moi aussi, je chante l'Amérique.

Je suis le frère à la peau sombre.
Ils m'envoient manger à la cuisine
Quand vient du monde.
Mais je ris,
Et je mange bien,
Et je prends des forces.

Demain,
Je serai à la table
Quand viendra du monde.
Personne,
Alors,
N'osera me dire
"Va manger à la cuisine".

De plus,
Ils verront comme je suis beau
Et ils auront honte —

Moi aussi, je suis l'Amérique. 

J'avais découvert Langston Hughes avec son premier roman, publié en 1930, "Not without laughter" "Non sans rire"— l'un des grands chocs littéraires de ma vie.
Langston Hughes, un des moteurs du mouvement culturel "Harlem Renaissance", naît en 1902 dans le Missouri d'une mère professeur et d'un père qui avait étudié le droit. Celui-ci quitte bientôt la famille pour aller vivre au Mexique afin d'échapper à la ségrégation. Contrairement à son père auquel tout l'oppose, il ne considère pas qu'il suffit de s'enrichir pour s'immuniser contre la ségrégation. Les revendications de Langston Hughes ne se limitent d'ailleurs pas à l'abolition des inégalités entre blancs et noirs, il avait rejoint le parti communiste ce qui l'obligea, dans les années cinquante, à partir vivre quelque temps au Mexique afin d'échapper à des poursuites. Dans les années trente, il avait déjà vécu à Mexico avec Henri Cartier Bresson.

"Non sans rire" raconte l'histoire de Sandy Rodgers, un jeune noir qui grandit dans une famille modeste typique dans une ville fictive du Kansas. Langston Hughes n'est pas issu d'une famille typique — l'un de ses grand-pères avait même combattu aux côtés de John Brown —, mais, ainsi qu'il le dit dans son autobiographie "The Big Sea", il avait tout de même grandi entouré de ces familles qui lui ont inspiré son premier roman. Dans les dialogues chaque personnage parle avec son accent et selon son niveau d'éducation, c'est fascinant. Aucun livre d'histoire ou de sociologie n'aurait pu me faire entrer dans ce monde que je ne connaissais pas comme l'a fait ce roman. 
Ecoutez Langston Hughes parler de l'usage qu'il fait du langage parlé dans ses écrits et raconter sa jeunesse:


Un dernier poème "pour la route" que je ne traduis pas:  

GO SLOW
Go slow, they say —
While the bite
Of the dog is fast.
Go slow, I hear —
While they tell me
You can't eat here!
You can't live here!
You can't work here!
Don't demonstrate! Wait! —
While they lock the gate.
Am I supposed to be God,
Or an angel with wings
And a halo on my head
While jobless I starve dead?
Am I supposed to forgive
And meekly live
Going slow, slow, slow,
Slow, slow, slow,
Slow, slow,
Slow,
Slow,
Slow?
????
???
??
?

Ecoutez, dit par l'auteur, le poème: 
"The negro speaks of rivers"

Et:
"What happens to a dream deferred"

"The Weary Blues"

Henri Cartier Bresson présentant ses photos et commentaire d'Isabelle Huppert:

Photo de Langston Hughes devant sa maison d'Harlem prise par Robert W. Kelley

lundi 27 avril 2009

VILLA AMALIA

Ayant — comme beaucoup de personnes, je crois — fantasmé à certains moments de ma vie ma disparition, j'étais intéressée par le sujet de ce film. Benoît Jacquot a réalisé des films qui me plaisent, Pascal Quignard est, à mes yeux, un excellent auteur et j'admire Isabelle Huppert, j'étais donc persuadée que j'aimerais Villa Amalia. Ce ne fut cependant pas le cas.
Mais si vous avez envie d'aller voir ce film, ne vous laissez pas dissuader par moi. Allez-y et lisez tout au plus mon billet ensuite.
Anna — c'est le nom qu'elle se choisit pour sa nouvelle vie —, pianiste de renom, suit la voiture de l'homme qui partage sa vie depuis quinze ans. Il se gare et se dirige vers un pavillon où une autre femme l'attend. Anna est sonnée.  Au même instant, un ami d'enfance la reconnaît. Cette rencontre l'importune tout d'abord mais lorsqu'elle décidera de tout quitter elle se servira de cet ami d'enfance que personne dans son entourage ne connaît pour préparer sa fuite. Elle commence par décider de quitter son compagnon qui lui assure qu'il l'aime et que l'autre n'a aucune importance — classique et donc crédible. Etait-il nécessaire de nous dépeindre, en plus, cet homme comme étant un type balourd sans aucun intérêt? Puis Anna décide dans la foulée d'arrêter le piano — elle annule tous ses engagements —, de vendre ses pianos, son appartement et de disparaître. Le film fait alors dans le réalisme, c'est-à-dire qu'on nous parle dans le détail des problèmes qui se posent en pratique à une personne qui veut disparaître (il faut tout payer en espèces, se débarrasser de son téléphone portable, ne pas passer des frontières où on vous contrôle ...) Les préparatifs de la fuite d'Anna et son trajet occupent les deux tiers du film. Mais le problème c'est qu'après une mise en place réaliste, la fuite elle-même n'est plus qu'une série d'invraisemblances. 
Après avoir annoncé à son ami d'enfance à qui elle a donné procuration et confié son argent qu'elle partait pour Tanger, Anna, pour brouiller les pistes, prend plusieurs trains et autobus passant par la Belgique, la Hollande, l'Allemagne et l'Autriche où elle passe à pied dans la montagne la frontière italienne pour se rendre à Naples d'où elle part sur l'île d'Ischia où elle loue une petite bicoque surplombant la mer, la villa Amalia. Le problème, c'est qu'Anna aurait pu s'épargner ce périple et prendre un vol direct pour Naples car personne ne la cherche vraiment. Son compagnon, soudain devenu poète, lui a laissé avant son départ un dernier message téléphonique lui expliquant qu'elle avait toujours été absente et lui souhaitant de se trouver. Quant à son impresario, il lui suffisait de rejeter ses appels — il n'était pas utile de jeter son téléphone dans les toilettes pour l'éviter. Anna est une femme seule, elle n'a pas eu d'enfants, son petit frère est mort à l'âge de six ans, son père est parti alors qu'elle était petite, sa mère qu'elle passe embrasser en Bretagne avant de disparaître a la maladie d'Alzheimer. A cette même occasion, elle revoit quelques amies d'enfance dont elle ne se sent visiblement pas proche, et c'est tout. Rien ne nous indique qu'Anna laisserait derrière elle des amis qui s'inquiéteraient de sa disparition. Une disparition qui n'en n'est pas une puisque la première chose qu'elle fait lorsqu'elle s'installe dans la villa Amalia, c'est d'y inviter son ami d'enfance.
Mais pourquoi Anna veut-elle tout quitter? Ce n'est même pas parce qu'elle a été trahie par son compagnon, précise-t-elle à plusieurs reprises. Anna est une femme blessée, on le comprend, mais comme le réalisateur veut nous faire languir, nous devons essentiellement nous contenter du visage et des yeux — certes très expressifs — d'Isabelle Huppert pendant plus d'une heure. Du coup, on nous fourgue — le mot n'est pas élégant mais c'est celui qui convient — les explications de son désarroi dans les quinze dernières minutes du film grâce à une rencontre, ô combien fortuite, avec une belle italienne qui la sauve de la noyade et à qui elle se confie et à l'occasion des funérailles de sa mère où son père vient la trouver ce qui donne lieu à un dialogue et à un numéro d'acteur ridicule. Elle retourne ensuite dans son île, par un vol direct pour Naples, on suppose ... 
Au final, Anna est une femme qui, comme la plupart des gens, a quelques blessures d'enfance. Elle en a assez de son homme et assez de se plier aux contraintes de sa vie professionnelle et, contrairement à la plupart des gens, elle a les moyens de se retirer au soleil. 
Ce n'était guère ce que j'attendais.

mercredi 22 avril 2009

WORLD DIGITAL LIBRARY

Une belle initiative de l'UNESCO — en collaboration avec des bibliothèques nationales du monde entier — permet depuis hier d'accéder à de rares documents de l'histoire de l'humanité mis en ligne sur le site 
Vous pouvez, par exemple, y consulter les premières cartes du monde ou lire un volume manuscrit datant des années 1525, le journal du voyage autour du monde de Ferdinand Magellan dont l'auteur est Antonio Pigafetta, un savant vénitien originaire de Vicenza, qui était du voyage.
Moi qui trouvais que je résistais pas mal à la tentation de passer trop de temps sur internet, je vais avoir du mal à résister désormais. D'autant qu'on nous dit que ce n'est qu'un début et qu'on nous promet d'enrichir régulièrement cette bibliothèque mondiale.