mardi 30 septembre 2008

"L'oral & hardi" et les discours

Quand avez-vous, pour la dernière fois, été enthousiasmé par un discours? Si cela s'est produit récemment, il y a fort à parier que ce discours n'était pas tenu par un personnage politique. La politique, l'économie,, toutes les mauvaises nouvelles qui secouent le monde me mettant en ébullition, j'ai parfois été tentée d'en parler ici ... Mais que pourrais-je en dire que vous ne savez déjà? Pourquoi en parler alors? Utiliser ces pages pour vous encourager à vous mobiliser? J'userais ma salive - les touches de mon clavier - pour rien. Ce serait comme d'essayer de convaincre un alcoolique qui n'a pas encore touché le fond, qui n'éprouve pas encore lui-même le besoin de s'en sortir, d'arrêter de boire. Oui, j'ose comparer l'engourdissement des populations face au capitalisme et aux politiciens qui le défendent à une addiction puisque je pense qu'elles sont intoxiquées.
Aux Etats-Unis, il y a plus de vingt ans, j'avais été sidérée d'entendre des pauvres se déclarer prêts à voter pour des politiciens qui défendaient les intérêts des riches. On avait réussi à les convaincre que c'était dans leur intérêt parce que dans ce pays où tout était possible eux aussi deviendraient peut-être un jour riches et alors ... Comme pour me rappeler que je n'avais pas rêvé, j'ai entendu un républicain utiliser le même discours sur une radio américaine cet été.
Lors des dernières élections présidentielles françaises, certains - notamment des petits bourgeois qui veulent se croire plus proches des riches que des pauvres - ont de toute évidence voté contre leurs intérêts, séduits par un discours ...
Laissons donc ces discours-là pour un discours plus jouissif, celui inspiré par les discours à Jean-Pierre Verheggen, cet auteur belge qui se définit lui-même comme un handicapé de la langue, un languedicapé de naissance. Sur la scène de la Maison de la Poésie, rien qu'une estrade et un micro, comme pour un discours, mais c'est un délire verbal que nous allons entendre, un délire verbal qui a plus de sens que tous les discours. Grâce à Jacques Bonnaffé qui met en scène et interprète "L'oral & hardi", un texte, en apparence, sans queue ni tête, nous participons à la grande aventure de l'ouissance dans laquelle s'est lancé le poète depuis quarante ans. L'ouissance étant, selon André Velter, à la fois jouissance de l'oreille et par l'oreille. Vos oreilles ont-elles grand besoin de jouir? Courez à la Maison de la Poésie où vous pouvez jouir jusqu'au 4 octobre de ce spectacle truculent. 

3 commentaires:

Marmott79 a dit…

Je ne sais pas si ce sont les politiciens qui ne savent plus parler ou les citoyens qui ont entendu trop de paroles au vent. En Italie, ça peut te faire sourire, ce sont les comiques qui ont pris le micro en politique mais je ne sais pas si c'est bien ou mal pour la partie soutenue (semble mal). Les discours ne m'ont jamais rendue folle, si je veux faire jouir mes oreilles j'entend Verdi.

claudeleloire a dit…

je suis accro aux deux, des discours politiques autant que des belles phrases aux bons mots de spectacles délassants ...

Elsa a dit…

Marmott,
mais le texte de Jean-Pierre Verheggen est un opéra de bouche.

Claude, carrément accro?