jeudi 20 novembre 2008

Nouvelles cruelles

On écrit moins de nouvelles en France que dans d'autres pays. Peut-être parce qu'on y préfère les nouvelles qui se terminent par une chute, ce qui rend, à mon avis, l'exercice plus difficile. Etant personnellement particulièrement friande de ces histoires cruelles, j'ai eu envie de réunir dans ce billet trois auteurs d'époques différentes qui, je trouve, sont des maîtres du genre. En plus de leur capacité à imaginer des histoires qui virent au cauchemar, ils manient tous trois la plume en orfèvres. 
Jules Barbey d'Aurevilly nait en 1808 dans une famille normande. Très jeune, il découvre Byron qui l'influencera beaucoup. Je le cite: "être byronien, ce n'est pas être d'une école, c'est être d'une race". En 1833 Barbey s'installe à Paris où il se met à vivre en dandy. Il publiera d'ailleurs en 1844 Du dandysme et de George Brummel - je reviendrai sur cet aspect de sa personnalité lorsque je consacrerai un billet au dandysme. De républicain il devient ensuite royaliste et se convertit au catholicisme. Il ne cessera cependant de scandaliser les dévots par ses écrits. C'est que pour Barbey, influencé par Byron et Baudelaire, qu'il défendra, la grâce n'a pas de place dans l'enfer humain. Ainsi son oeuvre révèle-t-elle une véritable fascination pour le mal et ses histoires sont presque toujours construites sur un lourd secret. Voici quelques titres évocateurs: Un prêtre marié, Une vieille maîtresseLes Diaboliques qui est un recueil de nouvelles. Barbey est, par ailleurs, journaliste et, en tant que tel, un redoutable polémiste.


Voici André Pieyre de Mandiargues en compagnie de Léonor Fini sur cette amusante photo prise en 1933 à Trieste par Henri Cartier-Bresson. Mandiargues qui naît en 1909 à Paris d'un père languedocien et d'une mère normande est un inclassable touche à tout. Il voyage beaucoup, parle de nombreuses langues, se lie avec André Breton, fréquente le groupe des surréalistes sans jamais en faire partie et se sent également proche des auteurs de la NRF, ce que révèle son abondante correspondance avec Jean Paulhan. L'Italie d'où est originaire sa femme et le Mexique deviennent également ses patries. Il traduit l'espagnol, l'italien, l'anglais et possède des connaissances de japonais (voir mon billet précédent). Il écrit surtout des histoires oniriques à l'érotisme souvent noir dans un style maîtrisé et pourtant fluide reconnaissable entre tous. Poète, essayiste, romancier, la liste de ses oeuvres est longue, mais dans le cadre de ce billet et par rapport à l'auteur qui suit, je vous recommande de lire les recueils de nouvelles Soleil des loups et Le musée noir.

Mathieu Terence, né en 1972, commence a écrire très jeune. Après un premier livre, Palace forever, il quitte Biarritz pour Paris. Suivent, chez Phébus, Fiasco et Journal d'un coeur sec. Lorsque paraît son recueil de nouvelles, Les filles de l'ombre, tout le monde pense à Poe et presque personne à André Pieyre de Mandiargues. Mathieu Terence admet pourtant volontiers, si on lui pose la question, avoir été inspiré par lui. Mathieu Terence a beaucoup lu et ça se sent et il cisèle la langue, ce qui n'est pas toujours bien vu, aujourd'hui, en France. Tout en trouvant ses nouvelles aux chutes tombant comme un couperet acéré excellentes, quelques critiques littéraires - qui ne méritent pas ce titre - lui ont reproché de trop bien écrire. Devant autant de bêtise il vaut mieux se taire. No further comment. Heureusement, certains sont encore capables de reconnaître un écrivain. Depuis, il a publié deux romans, dont le dernier Technosmose est sorti chez Gallimard. Il dirige, par ailleurs, la collection Melville chez Léo Scheer.

2 commentaires:

Léopold a dit…

Je découvre votre blog qui ne manque pas de m'intriguer. Lecteur pus ou moins assidu de certains novellistes (genre qui n'est théorisé, d'où je pense une réticence à l'aborder), je suis heureux que vous en parliez. Je ne suis pas en mesure de parler de Barbey spontanément dans cette petite case mais c'est un auteur dont j'apprécie énormément le sens de la prose. J'ai également une certaine affection pour les conteurs comme Chaucer, Boccace, ou Margueritte de Navarre. En tout cas, merci.

Pivoine a dit…

Curieux. J'ai commencé à lire Barbey cet été et je n'ai pas vraiment mordu, tout en appréciant le style. Peut-être me manquait-il une certaine motivation. Alors que je lis volontiers Maupassant... Léonor Fini, curieux peintre. J'aime bien, sans aimer les yeux "troués", vides. J'avais un prof en supérieur qui nous en parlait de temps en temps. Elle devait l'aimer beaucoup.

Comment vas-tu, Elsa ?