mardi 30 décembre 2008

Lee Miller


L'exposition qui lui est consacrée au Jeu de Paume se termine le 4 janvier. Si vous avez l'occasion de vous y rendre et que vous ne connaissez pas encore l'histoire de Lee Miller, je vous conseille de commencer par la fin et de regarder le film qui complète l'exposition avant de parcourir les salles. 
Lee Miller naît en 1907 sur la côte est des Etats-Unis. Elle est belle et sa beauté est de celles qui font l'unanimité et suscitent le désir. Elle y sera confrontée d'entrée de jeu, car son père photographe amateur prend d'elle des centaines de clichés, pas de ceux que prennent d'habitude les pères, non, des clichés de nus. Il la photographie dans son bain ou lui fait prendre des poses lascives dans leur salon, à plat ventre sur le canapé, la croupe relevée juste ce qu'il faut pour que le regard s'y accroche aux ombres, ou assise sur l'accoudoir d'un fauteuil mettant en lumière le pelage luisant de son pubis. Elle aurait confié à son journal avoir été violée à l'âge de sept ans par une personne proche, elle ne dit cependant pas par qui. Mais de toute façon, ces photos sont déjà, à mes yeux, une forme viol.
Très jeune, elle devient modèle à New York où Edward Steichen la photographie pour Vogue. Elle part ensuite pour Paris où elle rencontre Man Rey à qui nous devons les plus célèbres clichés d'elle. Lee Miller qui veut devenir photographe apprendra de lui le métier et, bientôt, le maître et l'élève se disputeront la découverte de la technique de la solarisation.
Mais Lee Miller ne sera photographe que par intermittences. Elle se marie avec un Egyptien et le suit dans son pays où elle prend des photographies très construites. Puis elle le quitte pour un autre homme, un Anglais. La guerre arrive et elle photographie le Blitz, puis, devenue photographe de guerre, elle suit l'armée américaine. Pas de maquillage, vêtements adéquats, enfin elle échappe à son image, on la sent dans son élément. Elle photographie l'horreur des camps de concentration libérés, les nazis qui se pendent, rien ne lui fait peur.
Après la guerre, elle revient prendre sa place aux côtés de son mari anglais, elle tombe enceinte, elle s'en réjouit, mais dans les faits, elle se révèle incapable de jouer le rôle de mère. L'enfant, un garçon, est élevé par une nounou pendant que ses parents parcourent le monde. Lee Miller a rangé son matériel au grenier, elle s'ennuie et boit - c'est du moins ce que je conclus des clichés pris d'elle à cette époque de sa vie. En 1977 Lee Miller décède, mais son histoire ne s'arrête pas là.
Son fils, ce fils dont elle s'est à peine occupée et qui vit toujours avec sa vieille nounou qui lui tient lieu de famille, aime et admire sa mère. Gentleman farmer, il ne s'occupe que de deux choses: ses vaches et sa mère, une mère sublimée, désirée. Il lit ses journaux, archive ses photos, et si nous avons l'occasion de voir cette exposition c'est notamment grâce à lui. Tant mieux, pourrait-on dire. Mais lorsque, dans le film dont je vous parlais au début, il monte au grenier pour nous montrer le moulage du torse de sa mère, j'ai été parcourue d'un frisson en voyant le regard chargé de désir qu'il portait sur elle et en entendant le timbre de sa voix changer pour nous dire à quel point elle était belle. Lee Miller, même après sa mort, n'échappe pas à son image. 
Beauté
Se plaindre d'être beau paraîtrait aux yeux de ceux qui ne le sont pas aussi indécent que de se plaindre d'avoir trop d'argent. Et, bien sûr, aucune belle personne ne voudrait vraiment perdre sa beauté car en même temps qu'elle en découvre les désavantages elle en découvre les atouts. Mais lorsqu'on a treize, quatorze ans et qu'on se trouve tout à coup confrontée aux regards lubriques de certains hommes c'est effrayant et le fait qu'il se trouve toujours un garçon pour vous porter vos skis, par exemple, ne paraît alors qu'une maigre consolation. 
Quelle impression cela peut-il faire d'avoir un père qui porte sur vous le même regard que ces hommes qui vous lorgnent dans la rue? Je n'arrive même pas à l'imaginer. 

Photo: Man Rey

4 commentaires:

noèse cogite a dit…

Effectivement le même malaise que toi.
Ça va dans les 2 sens...parent enfant...enfant parent.

claudeleloire a dit…

être fier de la beauté de sa progéniture est une chose bien compréhensive, éveiller le regard des autres sur ce que l'enfant ne maîtrise pas encore, sa pudeur, est chose grave ...
ce me semble .

Latil a dit…

Le pére de Lee Miller était sans
scrupules et s est sevi de sa fille
comme d une marchandise pour gagner
de l argent comme le font certains
parents dans des domaines encore plus litigieux!D un autre coté,de
part ces photos licencieuses,sa fille a pu se faire connaitre et
devenir modéle,elle a aussi appris
beaucoup de cet art et a su en profiter.
Amicalement Latil

Elsa a dit…

@Latil
A ma connaissance le père de Lee Miller n'a jamais commercialisé ces photos. Il est, en revanche, évident qu'en échange il ne lui refusait pas grand chose et que c'est ainsi qu'elle a pu venir à Paris où il l'a d'ailleurs accompagnée en bon père, si je puis dire.