samedi 7 février 2009

Fernando Pessoa

"Je considère la vie comme une auberge où je dois séjourner, jusqu'à l'arrivée de la diligence de l'abîme. Je ne sais où elle me conduira, car je ne sais rien. Je pourrais considérer cette auberge comme une prison, du fait que je suis contraint d'attendre entre ses murs; je pourrais la considérer comme un lieu de bonne compagnie, car j'y rencontre des gens divers. Je ne suis cependant ni impatient ni de goûts vulgaires. Je laisse à ce qu'ils sont ceux qui s'enferment dans leur chambre, amorphes, étendus sur un lit où ils attendent sans pouvoir dormir; je laisse à ce qu'ils font ceux qui bavardent dans les salons d'où les voix et les musiques me parviennent et me frappent agréablement. Je m'assieds à la porte et j'enivre mes yeux et mes oreilles des couleurs et des sons du paysage, et je chante à mi-voix, pour moi seul, de vagues chants que je compose tout en attendant.
La nuit descendra et la diligence arrivera pour nous tous. Je goûte la brise que l'on me donne, et l'âme qu'on m'a donnée pour la goûter, et je n'interroge ni ne cherche davantage. Si ce que je laisse écrit sur le livre des voyageurs peut, relu quelque jour par d'autres que moi, les distraire eux aussi durant leur séjour, ce sera bien. S'ils ne le lisent pas, ou n'y trouvent aucun plaisir, ce sera bien également."
"Le livre de l'intranquillité", autobiographie sans événements, publié chez Christian Bourgois
Traduction: Françoise Laye 

9 commentaires:

Latil a dit…

Bien que je ne sois pas une "Grenouille de bénitier",il m est arrivé de visiter , voire séjourner dans un lieu de pélérinage.J ai toujours été tres intérréssé par les livres d or,ou les livres de souhait et priéres remplis par les Pélerins.
"Mon Dieu,arréttez ces guerres stupides qui ensanglent notre monde ,aidez moi a trouver un travail,et faites moi rencontrer l ame soeur qui mettrait fin a ma solitude et apporterait un rayon de soleil dans ma vie si triste." Voila c était signé Jacqueline.Au premier abord,cette priére semble demander beaucoup,mais juste assez pour rendre une femme heureuse.
Amicalement Latil

claudeleloire a dit…

"L'homme sage n'a point d'affaire, et n'en crée à personne ."
confusius .

Angèle Paoli a dit…




"Reste sans paroles : il n'y a rien
à dire. Laisse la pluie redevenir la pluie
et le vent cette marée sous les tuiles, laisse
le chien crier son nom dans la nuit, la portière claquer ; s'en aller l'inconnu dans ce lieu nul
où je mourais."
(Guy Goffette, L'attente, in La Vie promise)

boudou a dit…

On revient toujours à Pessoa car son mystère est inépuisable tapi sous son écriture.

boudou a dit…

Ah ! Blogger devient plus facile pour le dépôt des messages ou je suis vraiment pipe. Je dis et redis que ce blog est de haute facture.

Elsa a dit…

J'y reviens toujours, oui. Et je reste sans paroles, car il n'y a rien à ajouter.

Christophe Borhen a dit…

Le blog de Boudou est du meilleur goût qui me mène jusqu'à vous.

Revenir ici.

Elsa a dit…

Et du coup, Christophe, je suis allée fureter sur votre blog qui me plaît beaucoup.
A bientôt

lancelot-d-oslo a dit…

Voilà bien longtemps que je n´ai lu Pessoa. Ne l´ayant plus dans ma bibliothèque, je vais très bientôt re-commander un exemplaire de cette "autobiographie sans événements". Merci pour ce billet.