lundi 23 février 2009

Misogyne


Voilà le qualificatif qui permet à des pseudo-féministes de disqualifier d'un mot une oeuvre, car ce mot leur paraît si suprême qu'il se suffit, à leurs yeux, à lui-même. Nul besoin, donc, d'étayer leur propos. Ne se rendent-elles pas compte qu'en galvaudant le mot elles l'affaiblissent et font ainsi le jeu des vrais misogynes? Simone de Beauvoir — dont la plupart se réclament — serait la première à ne pas approuver la légèreté avec laquelle ces dames patronnesses d'un nouveau genre prononcent l'anathème, étant donné qu'il leur suffit généralement qu'un homme ose aborder la sexualité féminine dans une oeuvre. 
Quelle mouche me pique? Une célèbre critique de théâtre a ainsi liquidé "Le cas Blanche Neige (Comment le savoir vient aux jeunes filles)", une pièce de Howard Barker jouée à l'Odéon. Il y avait bien des choses à dire à propos de cette pièce et de la mise en scène, et même des critiques à émettre, mais il était tellement plus simple de traiter Howard Barker de misogyne parce que sa marâtre et sa Blanche Neige ont des pulsions sexuelles. How shocking! Dans son empressement à casser du Howard Barker, cette critique prend tout au premier degré, alors que les pièces de cet auteur demandent réflexion. On peut trouver ça emmerdant de devoir réfléchir au théâtre, on a le droit de préférer aller voir des pièces légères jouées par des people, mais pas quand on est critique de théâtre.
Une chose menant à une autre, j'ai eu envie de relire ce que disait Simone de Beauvoir de la sexualité féminine dans "Le deuxième sexe" et ce qu'en disait Suzanne Lilar dans son essai critique  "Le malentendu du deuxième sexe". Pour ceux qui ne connaissent pas Suzanne Lilar, je précise qu'elle était une dramaturge, essayiste et romancière belge flamande francophone et, accessoirement, la mère de Françoise Mallet-Joris. Peut-être vous souvenez-vous de Benvenuta un film d'André Delvaux sorti en 1983 qui était adapté du roman "La confession anonyme" de Suzanne Lilar. J'ai lu, au passage, également des extraits de textes d'autres féministes sur la question et donc les questions qu'elles se posent. Pour ou contre le déterminisme? Sommes-nous toutes bisexuelles au départ? Sommes-nous masochistes? Et ainsi de suite ... Chacune a ses réponses mais pas la réponse, car chacune des ces dames pourtant fort doctes aborde de toute évidence la question de la sexualité féminine en partant de son expérience personnelle. Et nous, lectrices, nous faisons de même, car lorsque nous opinons du bonnet à l'une ou l'autre théorie qu'elles avancent, nous nous basons également strictement sur notre expérience personnelle.  J'en suis venue ou plutôt revenue à la conclusion que fort heureusement ce qui se passe dans l'alcôve échappe à toutes les théories, et ça m'a rendu ma bonne humeur. 


7 commentaires:

claudeleloire a dit…

les femmes sont différentes des hommes, elles ont leurs hormones ...
certaines féministes veulent faire des femmes, des semblant d'homme ...
en mon âme de femme qui se sait femme, j'attends de la société une reconnaissance de mes droits "d'homme", à part égale avec les droits des hommes qui pour certains, ont une certaine féminité ...
indépendamment du genre, ayons les mêmes droits dans l'amour, le travail, l'art et la science .

ardente patience a dit…

Ouhlala, cet article me fait sentir bien ignorante n'ayant lu ni Simone de Beauvoir ni vu aucune pièce de Howard Baker ; en revanche j'avais découvert par hasard sur la Toile à propos de cette charmante femme Suzanne Lilar dont je me permets de laisser un lien qui laisse tout voir de son charme et son intelligence raffinée. (en lien sur mon pseudonyme)

Elsa a dit…

Si vous voulez en savoir davantage sur Suzanne Lilar, je vous recommande en effet de cliquer sur le pseudo d'ardente patience qui vous mènera à des entretiens avec elle.

Angèle Paoli a dit…

Heureuse de retrouver ici le nom de Suzanne Lilar. Dans le même temps, je prends conscience qu'il est devenu de plus en plus difficile de citer son nom sans faire appel au nom d'André Delvaux. Comme si Suzanne avait besoin de quelque caution "gracquienne" (je pense à Rendez-vous à Bray). Un sujet que je vais méditer...

Elsa a dit…

C'est vrai, Angèle, je regrette que Suzanne Lilar soit méconnue et que la plupart des gens ne connaissent d'elle que ce film, et encore, ils ignorent généralement qu'il était adapté d'un de ses romans. C'était le seul moyen que j'avais de la situer car, d'une part ce billet ne lui était pas consacré et, d'autre part, j'ai tendance à seulement donner des pistes dans mes billets. Je laisse à d'autres (comme vous), qui le font mieux que moi, le soin d'écrire des billets détaillés sur les auteurs ...

Angèle Paoli a dit…

Il y a un petit moment que Suzanne Lilar est dans mes tablettes, et en effet moi-même ne l'ai citée jusqu'ici qu'à propos de Delvaux (je sais pourtant que mon compagnon-webmestre-éditeur - Yves - a un faible pour elle et qu'il s'était entretenu avec elle à plusieurs reprises lors de la Foire du Livre de Bruxelles). Mon tropisme Nord-Flandres étant fort en ce moment, peut-être le temps est-il venu d'y réfléchir.
Dans tous les cas, merci pour ce rappel, Elsa.

Pivoine a dit…

Oui, Simone de Beauvoir est souvent sujet à discussion. Je devrais peut-être lire "Le deuxième sexe". L'on se base évidemment sur des faits de biographie pour la condamner. Curieux, quand on cite Suzanne Lilar, je pense plutôt à son Enfance gantoise, au rôle que Gand a joué dans sa vie (et accessoirement dans ma vie, j'aime bien, beaucoup Gand), et à une de ses réflexions, sujet de dissertation d'examen en régendat sur la double appartenance flamande/francophone, nord/francophonie, bref...

J'ai aussi oublié un peu Benvenuta, que je n'ai d'ailleurs pas vu, voilà encore un trou à combler (que de trous!)

Pour le moment, j'entre dans le premier recueil de nouvelles de Catherine Mansfield, "pension allemande" ...