Ayant — comme beaucoup de personnes, je crois — fantasmé à certains moments de ma vie ma disparition, j'étais intéressée par le sujet de ce film. Benoît Jacquot a réalisé des films qui me plaisent, Pascal Quignard est, à mes yeux, un excellent auteur et j'admire Isabelle Huppert, j'étais donc persuadée que j'aimerais Villa Amalia. Ce ne fut cependant pas le cas.Mais si vous avez envie d'aller voir ce film, ne vous laissez pas dissuader par moi. Allez-y et lisez tout au plus mon billet ensuite.
Anna — c'est le nom qu'elle se choisit pour sa nouvelle vie —, pianiste de renom, suit la voiture de l'homme qui partage sa vie depuis quinze ans. Il se gare et se dirige vers un pavillon où une autre femme l'attend. Anna est sonnée. Au même instant, un ami d'enfance la reconnaît. Cette rencontre l'importune tout d'abord mais lorsqu'elle décidera de tout quitter elle se servira de cet ami d'enfance que personne dans son entourage ne connaît pour préparer sa fuite. Elle commence par décider de quitter son compagnon qui lui assure qu'il l'aime et que l'autre n'a aucune importance — classique et donc crédible. Etait-il nécessaire de nous dépeindre, en plus, cet homme comme étant un type balourd sans aucun intérêt? Puis Anna décide dans la foulée d'arrêter le piano — elle annule tous ses engagements —, de vendre ses pianos, son appartement et de disparaître. Le film fait alors dans le réalisme, c'est-à-dire qu'on nous parle dans le détail des problèmes qui se posent en pratique à une personne qui veut disparaître (il faut tout payer en espèces, se débarrasser de son téléphone portable, ne pas passer des frontières où on vous contrôle ...) Les préparatifs de la fuite d'Anna et son trajet occupent les deux tiers du film. Mais le problème c'est qu'après une mise en place réaliste, la fuite elle-même n'est plus qu'une série d'invraisemblances.
Après avoir annoncé à son ami d'enfance à qui elle a donné procuration et confié son argent qu'elle partait pour Tanger, Anna, pour brouiller les pistes, prend plusieurs trains et autobus passant par la Belgique, la Hollande, l'Allemagne et l'Autriche où elle passe à pied dans la montagne la frontière italienne pour se rendre à Naples d'où elle part sur l'île d'Ischia où elle loue une petite bicoque surplombant la mer, la villa Amalia. Le problème, c'est qu'Anna aurait pu s'épargner ce périple et prendre un vol direct pour Naples car personne ne la cherche vraiment. Son compagnon, soudain devenu poète, lui a laissé avant son départ un dernier message téléphonique lui expliquant qu'elle avait toujours été absente et lui souhaitant de se trouver. Quant à son impresario, il lui suffisait de rejeter ses appels — il n'était pas utile de jeter son téléphone dans les toilettes pour l'éviter. Anna est une femme seule, elle n'a pas eu d'enfants, son petit frère est mort à l'âge de six ans, son père est parti alors qu'elle était petite, sa mère qu'elle passe embrasser en Bretagne avant de disparaître a la maladie d'Alzheimer. A cette même occasion, elle revoit quelques amies d'enfance dont elle ne se sent visiblement pas proche, et c'est tout. Rien ne nous indique qu'Anna laisserait derrière elle des amis qui s'inquiéteraient de sa disparition. Une disparition qui n'en n'est pas une puisque la première chose qu'elle fait lorsqu'elle s'installe dans la villa Amalia, c'est d'y inviter son ami d'enfance.
Mais pourquoi Anna veut-elle tout quitter? Ce n'est même pas parce qu'elle a été trahie par son compagnon, précise-t-elle à plusieurs reprises. Anna est une femme blessée, on le comprend, mais comme le réalisateur veut nous faire languir, nous devons essentiellement nous contenter du visage et des yeux — certes très expressifs — d'Isabelle Huppert pendant plus d'une heure. Du coup, on nous fourgue — le mot n'est pas élégant mais c'est celui qui convient — les explications de son désarroi dans les quinze dernières minutes du film grâce à une rencontre, ô combien fortuite, avec une belle italienne qui la sauve de la noyade et à qui elle se confie et à l'occasion des funérailles de sa mère où son père vient la trouver ce qui donne lieu à un dialogue et à un numéro d'acteur ridicule. Elle retourne ensuite dans son île, par un vol direct pour Naples, on suppose ...
Au final, Anna est une femme qui, comme la plupart des gens, a quelques blessures d'enfance. Elle en a assez de son homme et assez de se plier aux contraintes de sa vie professionnelle et, contrairement à la plupart des gens, elle a les moyens de se retirer au soleil.
Ce n'était guère ce que j'attendais.
9 commentaires:
Bonjour Elsa,
Quel billet pour un fim que l´on n´a pas aimé.
BOL
C'est vrai, mais il me semble normal d'étayer davantage une critique qu'un coup de coeur.
Très juste
Bien que j'ai finalement beaucoup aimé je comprends tout à fait tes réticences. Il y a des tas de moments où c'est limite, ça passe ou ça casse (je l'ai particulièrement ressenti dans la scène avec le père où je n'étais pas loin comme toi de la ressentir comme ridicule et puis l'émotion finalement m'a saisie).
Mais avais-tu lu le livre? Car il me semble que c'est par l'articulation des deux dans ma conscience que j'ai pu vraiment apprécier le film comme je le dis dans ma propre note sur le sujet.
Non, valclair, je n'ai pas lu le roman (je sais que tu l'as lu et que tu le relis), mais je suis persuadée qu'il est meilleur que le film. Je le lirai peut-être un de ces jours. Je n'ai cependant pas besoin de le lire pour savoir que l'adaptation est mauvaise car le scénario est mal ficelé et les dialogues sonnent souvent faux. L'adaptation c'est un peu comme la traduction, un art délicat où il faut rester fidèle à l'auteur sans chercher à coller littéralement au texte. Un dialogue qui fonctionne dans un roman ne fonctionne pas nécessairement à l'oral, par exemple ...
Dommage. J'avais tant aimé ce livre. Mais finalement, rien d'étonnant si je relis mes notes sur Villa Amalia :
" [...] au-delà de ces vies qui se font et se défont autour d’Anne en fuite, qu’y a-t-il d’autre sinon l’envoûtement d’une écriture ? Un envoûtement qui prend le lecteur à l’improviste, au détour d’une page. Les phrases de Pascal Quignard, ses dialogues, sa musique personnelle agissent comme une partition invisible qui continue de s’immiscer dans les pores de la mémoire et de la peau, traçant ses sillons dans la chair de celui qui se prend à ses rets. Quelque chose de la sensibilité double de l’auteur, à la fois solaire et retenue, poursuit son chemin au-delà des pages."
Le film est une adaptation de Benoit Jacquot, je n'ai pas aimé sa vision réductrice de l'histoire. Par contre le livre est un pur moment de bonheur où des personnages beaucoup plus complexes aparaissent. Il y a des félures irrémédiables chez Anna, il se passe autre choses que remplir des sacs poubelles et plonger dans l'eau. Le livre a un sens profond, le film pas du tout.
Il faut dire que j'ai d'abord lu le livre et quelle déception. J'aimerais avoir votre avis sur le livre ?
Bien amicalement.
Tout comme toi, j'ai beaucoup apprécié ce film qui restera dans ma mémoire un bout de temps...
(Je parlais de "Welcome" !)
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