Etgar Keret est un jeune auteur et réalisateur israélien coauteur avec la réalisatrice Tatia Rosenthal du film "Le sens de la vie pour 9,99 $". Un film étrange. Si étrange qu'on peine à mettre des mots sur les impressions qu'il nous procure. Je dis nous, parce que je suis certaine de ne pas être la seule à ne pas trop savoir comment parler de ce film indéfinissable, déroutant et attachant.
C'est un film d'animation et à priori je n'aime pas ça. Et les figurines qui semblent faites en pâte à modeler que l'on voit sur l'affiche n'étaient pas faites pour m'attirer non plus. Mais depuis l'adolescence, et ma découverte des histoires d'Edgar Alan Poe, je goûte particulièrement les auteurs capables de créer des univers étranges. Or, sur ce plan, le moins que l'on puisse dire est qu'Etgar Keret ne démérite pas.
Au coeur du film, un immeuble de style Bauhaus dont nous suivons les différents habitants un peu comme dans "La vie mode d'emploi" de Georges Perec. Il y a là un petit garçon qui rêve d'une poupée footballeur, un vieux veuf qui ne se fait pas à la solitude, un homme plaqué par sa femme et un père désemparé face à ses deux grands fils dont l'un espère trouver dans des manuels de développement personnel les réponses aux questions qu'il se pose sur la vie — d'où le titre du film. Les vies de tous ces personnages s'entrecroisent ...
Quel est le lien entre toutes ces histoires? L'amour sous toutes ses formes. Cela pourrait être banal si le film n'était pas traversé d'un étonnant mélange d'humour noir et de poésie. Malheureusement, vous en donner des exemples vous priverait d'effets de surprise.
Si vous n'avez pas la possibilité de voir ce film, vous pouvez lire Etgar Keret et retrouver le même mélange d'horreur et de poésie dans ses recueils de nouvelles, si courtes qu'il convient mieux de les appeler des vignettes. Je vous recommande "Pipelines", son premier recueil ou "Un homme sans tête", tous deux publiés chez Actes Sud.
Plutôt que de vous donner une biographie d'Etgar Keret que vous pouvez trouver facilement, je préfère vous donner ici le lien d'une interview qu'il a donnée à l'occasion du salon du livre et qui permet de découvrir sa personnalité.
A lire aussi le billet d'une russe à paris
13 commentaires:
Ah ! Je vais voir !
«Quel est le lien entre toutes ces histoires? L'amour sous toutes ses formes»
Je ne l'ai pas compris ainsi.
Remarquez, peut-être qu'on n'est pas allé voir le même film ;-) Moi, j'ai vu le sens de la vie pour six euros cinquante seulement, dans un cinéma de banlieue.
D'ordinaire, ce qui vient d'Israël, je boycotte systématiquement, par principe.
Là j'ai fait un effort.
Il faut dire que c'est un peu la providence qui m'a guidé sur le coup. J'ai suivi.
Je dois reconnaître, c'est pas le film le plus con de l'année même si je n'acquiesce pas à tout, notamment à cette conception du "sens de la vie" que le héros semble découvrir à la fin (fait notable, à travers le livre qu'il n'avait pas commandé. la providence...), conception typiquement juive.
PS: L'asservissement au sexe comme processus de féminisation et au final d'anéantissement... On pense à Weininger.
Gabriel,
parce que je ne supporte pas le sort que l'état d'Israël fait subir au peuple palestinien, je m'intéresse aux artistes israéliens qui ne se conforment pas à l'opinion de la majorité dans leur pays — cela me permet d'un peu moins douter que l'humanité existe.
Que l'on puisse avoir une autre lecture que moi d'une oeuvre ne m'étonne pas. Par contre, je trouve la référence à Otto Weininger et à sa théorie scandaleuse qui, à son grand dam, ne fit pas scandale, tirée par les cheveux, si je puis dire — ceux qui ont vu le film comprendront à quoi je fais allusion.
«je m'intéresse aux artistes israéliens qui ne se conforment pas à l'opinion de la majorité dans leur pays — cela me permet d'un peu moins douter que l'humanité existe.»
Elle est lourde d'implications, cette phrase.
«tirée par les cheveux, si je puis dire — ceux qui ont vu le film comprendront à quoi je fais allusion.»
:))) précisément, il n'en reste plus beaucoup de cheveux, pour pouvoir tirer dessus! Si vous voulez y voir un amour sublimé, libre à vous. Le hic, c'est que le processus semble comporter un caractère répétitif (d'autres sont déjà passés par là) C'est un peu Circé et ses cochons, quoi... Elle est pas encore tombée sur Ulysse!
Gabriel,
certains blogs parlent essentiellement de politique. Personnellement, j'ai fait le choix d'en parler fort peu. Ma phrase que vous mettez en exergue est une réponse à la vôtre à propos du boycott.
L'histoire d'amour fou complètement absurde qui semble retenir votre attention davantage que le reste du film, n'est pas celle que je préfère dans ce film. Il y est également question d'un ange qui n'est pas un ange, d'un jeune couple qui s'aime mais ne se comprend pas toujours, d'un vieux veuf perdu sans son amour, de l'amour d'unpère qui doute de sa capacité à être un bon père, d'un fils qui voudrait le bonheur de son père, et puis il y a cette histoire très poétique de la relation qu'un petit garçon noue avec son cochon tirelire ... Eh oui, je trouve que le fil conducteur entre ces histoires qui ne se ressemblent pas est l'amour. Je donne ici seulement mes impressions — je n'oblige personne à les partager. Je trouve plutôt intéressant d'entendre des avis contraires. Simplement, je ne vois pas le lien entre Otto Weininger et ce film.
Elsa,
Mon intention n'était pas de réduire le film à cette seule histoire. Le problème, c'est que je l'ai trouvée particulièrement pénible, d'une horreur quasi-insoutenable. Difficile de faire l'impasse, aussi. D'ailleurs, ce n'est pas une histoire d'amour, ou alors un "amour" unilatéral, qui est une forme d'aliénation totale où l'amant-objet, esclave de sa passion, se dépouille de tout ce qu'il est, s'anéantit complètement au point de devenir un non-être, une chose à proprement parler. Non, ce n'est pas de l'amour. Je vais éviter un long développement. Je pense que vous comprenez ce que je veux dire de toute manière. Autre chose, je me refuse à croire que l'auteur ait imposé au spectateur un tel truc sans arrière-pensée.
Bien entendu, cela n'ôte rien à l'intérêt du reste. Il y aurait beaucoup à dire.
(et le petit garçon est particulièrement touchant avec son cochon-tirelire)
Ceci dit, ce qui frappe le plus ici, bien plutôt que l'amour, c'est la solitude. Je m'étonne que vous ne l'ayez pas relevé. L'amour est précisément le dépassement de la solitude, le sens réel de la vie tel que je le conçois pour ma part, et vous également sans doute (au point peut-être de surimposer votre propre conception à ce film lors que ce dernier demeure teinté d'un pessimisme assez marqué à cet endroit)
Salut amie d’Outre-Atlantique et merci du partage. C’est tout à fait par hasard, au gré de mes explorations des blogs, que j’ai atterri ici.
Des textes intéressants, dis donc.(Moi, je suis plus philosophique). Bravo!
NOTE. Mon blog parle de la connaissance de soi. Si le coeur t'en dit, tu es bienvenue.
Bonjour Elsa, j'espère que tu vas bien. Tu arrêtes ton blog ? à bientôt
Claude
Bonjour Claude,
je vais bien, merci. Je n'ai pas décidé d'arrêter mon blog, mais mon père est décédé et j'ai donc eu d'autres préoccupations. Peut-être reprendrai-je le pli à la rentrée …
A bientôt
Sincères condoléances.
Je comprends Elsa, prends soin de toi, Claude
J'ai commenté l'article précédent pour celui-ci... mais c'est pas grave.
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